Un juif, reçoit la lettre d'un enseignant qui veut le faire intervenir dans sa classe devant des adolescents pour – comme si c'était facile – décrire ce que c'est qu'un Juif... : un animal rare en voie de disparition ? un être humain comme tout le monde ?
Mais pourquoi, oui pourquoi, les souvenirs sont-ils si énervants, insupportables (mais peut-on partager ? avec qui ? sur quel ton ?).
Cher Monsieur Kaplun,
Nous aimerions vous remercier vivement pour l'envoi du livre de Charles Lewinsky.
Nous ne manquerons pas de le faire connaître autour de nous car tout ce que l'auteur souligne ici, met en évidence toute la complexité de la judéité. C'est un monologue impossible à résumer car tout y est essentiel, pesé, vécu.
Recevez, cher Monsieur, nos meilleurs messages.
Daniel et Josiane Cetlin
Neuchâtel
" Ca serait joli, si je me présentais devant votre classe Monsieur Gebhardt, n’est-ce pas ? Comme ça vous pourriez prendre une photo sur le champ. Comme preuve que je suis un juif véritable.
Un juif authentique, exotique.
Il commence à enlever, de nouveau, ses tefillin.
Chaque matin, je me suis enfilé ces tefillin. Du dimanche au vendredi. Je n’ai manqué aucune prière, ni aucun jour de jeûne. J’avais le zèle d’un converti récent, non pas parce que j’avais trouvé quelque chose, mais parce que je cherchais quelque chose. Peut-être, me disais-je.
Il s’interrompt.
Pensais-je ? Je tentais de me convaincre moi-même. Peut-être que cela avait été faux de m’en défendre toute ma vie. Si c’était si profondément enfoui en moi, si cela était plus fort que moi, jusqu’à préférer presque perdre mon fils, en l’ayant près de moi,non circoncis, si tout ça je ne pouvais pas me l’arracher – peut-être devais-je alors simplement le faire à fond, être conséquent, et alors à un moment donné tout serait de nouveau en place.
Il enlève les tefillin de sa tête.
Ca n’a pas fonctionné. Naturellement pas. C’était une fuite de courte durée dans l’orthodoxie et très vite je me suis moi-même repris. Repris en mains et en me moquant de moi. Tout simplement :
Quand on ne voit plus aucun chemin devant soi, alors on n’avance pas non plus en reculant …..
Il dénoue complètement les bandelettes de cuir des tefillin et replie les manches. de nouveau. Il pose le tallith de côté.
Puis il remet une nouvelle feuille dans sa machine à écrire et commence à taper.
« Cher Monsieur Gebhardt
je ne peux malheureusement pas accepter votre invitation amicale. »
Il hésite, réfléchit."
Cher Monsieur Kaplun,
Nous aimerions vous remercier vivement pour l'envoi du livre de Charles Lewinsky.
Nous ne manquerons pas de le faire connaître autour de nous car tout ce que l'auteur souligne ici, met en évidence toute la complexité de la judéité. C'est un monologue impossible à résumer car tout y est essentiel, pesé, vécu.
Recevez, cher Monsieur, nos meilleurs messages.
Daniel et Josiane Cetlin
Neuchâtel
" Ca serait joli, si je me présentais devant votre classe Monsieur Gebhardt, n’est-ce pas ? Comme ça vous pourriez prendre une photo sur le champ. Comme preuve que je suis un juif véritable.
Un juif authentique, exotique.
Il commence à enlever, de nouveau, ses tefillin.
Chaque matin, je me suis enfilé ces tefillin. Du dimanche au vendredi. Je n’ai manqué aucune prière, ni aucun jour de jeûne. J’avais le zèle d’un converti récent, non pas parce que j’avais trouvé quelque chose, mais parce que je cherchais quelque chose. Peut-être, me disais-je.
Il s’interrompt.
Pensais-je ? Je tentais de me convaincre moi-même. Peut-être que cela avait été faux de m’en défendre toute ma vie. Si c’était si profondément enfoui en moi, si cela était plus fort que moi, jusqu’à préférer presque perdre mon fils, en l’ayant près de moi,non circoncis, si tout ça je ne pouvais pas me l’arracher – peut-être devais-je alors simplement le faire à fond, être conséquent, et alors à un moment donné tout serait de nouveau en place.
Il enlève les tefillin de sa tête.
Ca n’a pas fonctionné. Naturellement pas. C’était une fuite de courte durée dans l’orthodoxie et très vite je me suis moi-même repris. Repris en mains et en me moquant de moi. Tout simplement :
Quand on ne voit plus aucun chemin devant soi, alors on n’avance pas non plus en reculant …..
Il dénoue complètement les bandelettes de cuir des tefillin et replie les manches. de nouveau. Il pose le tallith de côté.
Puis il remet une nouvelle feuille dans sa machine à écrire et commence à taper.
« Cher Monsieur Gebhardt
je ne peux malheureusement pas accepter votre invitation amicale. »
Il hésite, réfléchit."